SLOW JOE
&
THE GINGER
ACCIDENT

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En Inde, on prête à Krishnamurti cet immémorial adage positiviste : « si tu échappes au fossé que tu as creusé pour ton malheur et que tu entres dans le fleuve de la vie, alors la vie saura prendre soin de toi».


On peut considérer que Joseph Manuel Da Rocha, dit Slow Joe, né en mars 1943 à Bombay, a longtemps creusé son fossé, et même scrupuleusement. En 2007, lorsque Cédric de la Chapelle fait sa connaissance sur la côte mythique de Goa où il fait le guide touristique pour quelques roupies, Joe a 64 ans et un lourd passé de toxicomane et d’alcoolique qui l’a promu au rang peu glorieux d’enfant terrible de la famille. Mais il a aussi un talent musical inné, une voix de crooner cabossé et surtout une jeunesse d’esprit restée intacte. Pénétrant enfin dans « le fleuve de la vie », celle-ci se met effectivement à prendre soin de lui. Séduit par le personnage, Cédric de la Chapelle, guitariste intrépide de la scène lyonnaise devenu par le plus grand des hasards l’ange gardien de ce perdant magnifique, l’aide à se constituer un répertoire de chansons...


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Extraits de la revue de presse :

"La légende de Slow Joe est en marche..." Les Inrockuptibles

"Slow Joe est à lui seul un miracle..." La Matinale de Canal+

"Ce vieil indien à la très grande classe parvient en se muer en Elvis Presley tant la voix et la présence du crooner sont impressionnantes..." - Les Inrockuptibles

"L"histoire pourrait tenir du conte de fée..." Le Monde

"Sur scène, le blues-rock de Slow Joe & The Ginger Accident est remarquablement efficace, une pure merveille à la croisée des Doors, d"Elvis et de Franck Sinatra mais avec un supplément d"âme incarné dans le personnage charismatique de Slow Joe..." Mondomix

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En Inde, on prête à Krishnamurti cet immémorial adage positiviste : « si tu échappes au fossé que tu as creusé pour ton malheur et que tu entres dans le fleuve de la vie, alors la vie saura prendre soin de toi». On peut considérer que Joseph Manuel Da Rocha, dit Slow Joe, né en mars 1943 à Bombay, a longtemps creusé son fossé, et même scrupuleusement. En 2007, lorsque Cédric de la Chapelle fait sa connaissance sur la côte mythique de Goa où il fait le guide touristique pour quelques roupies, Joe a 64 ans et un lourd passé de toxicomane et d’alcoolique qui l’a promu au rang peu glorieux d’enfant terrible de la famille. Mais il a aussi un talent musical inné, une voix de crooner cabossé et surtout une jeunesse d’esprit restée intacte. Pénétrant enfin dans « le fleuve de la vie », celle-ci se met effectivement à prendre soin de lui. Séduit par le personnage, Cédric de la Chapelle, guitariste intrépide de la scène lyonnaise devenu par le plus grand des hasards l’ange gardien de ce perdant magnifique, l’aide à se constituer un répertoire de chansons inédites, s’emploie à lui former un groupe sur mesure -The Ginger Accident-, le met en orbite scénique avec un concert resté dans toutes les mémoires aux Transmusicales de Rennes en 2009. Et pour finir, réalise son premier album, Sunny Side Up, dont l’accueil est unanimement élogieux. « Un Elvis qui aurait bien vieilli » proclame les Inrockuptibles. « Boudu sauvé du Gange ! » titre VSD. Se faisant, le quasi clochard de Goa devient la curiosité du moment et enchaîne les tournées. Pas moins de 150 concerts, essentiellement en France et dans les pays limitrophes. La rédemption est miraculeuse. Reste à savoir si elle peut s’inscrire dans la durée...


Évidemment on s’expose à l’ironie facile en prétendant qu’avec Lost For Love, Slow Joe signe son disque de la maturité... à 71 ans. Pourtant, loin de proposer une copie carbone de Sunny Side Up, ce second opus rend compte d’une éclatante évolution. Plus riche musicalement avec un usage étendu de sonorités millésimées héritées de la grande tradition rock-twangin’ guitar, orgue Farfisa...- il se distingue encore par des arrangements affichant une ambition sonore à la hausse dont profitent les confessions à cœur ouvert, les coups de blues, les flashbacks autobiographiques ou encore les éclaircies intérieures du père Joe. Il y a l’emphase maîtrisée de You Don’t Have To Tell Me où sur le lit d’un torrent orchestral à la The Last Shadow Puppets, le vieux rebelle résume une posture qu’il s’est évertué à maintenir sa vie durant : « faut pas venir me dire ce que j’ai à faire ! ». Il y a le slow anthologique de Cover Me Over, une reprise du précédent album embellie par la voix hyper sensuelle de Yael Naim pour un irrésistible duo. Il y a le dantesque The Eye of Death où aussi buriné par les excès qu’un William Burroughs tardif, Joe soutient le regard de la mort avec le cran d’une tête brûlée et la sérénité d’un sage. Il y a le bariolage bollywoodien de Hum Diya, le tatouage métaphysique de Gimme No Direction -son Like A Rolling Stone à lui-, les sombres ruminations de Waters of Loneliness où il se dit « fils des ténèbres ». Et aussi les savoureuses remontées d’une enfance à la Mowgli de The Mulberry Bush. Et toujours cette distance amusée avec la vie qui ne t’« offre pas de crème caramel » (No Caramel Custards). S’il fallait encore se convaincre des capacités de survie de cet homme, l’écoute de Too Old To Be Loved nous en livre l’une des clefs. Entre tristesse et autodérision, Slow Joe ne triche jamais, embrasse son art avec la reconnaissance de celui à qui le Saint-Esprit a fait un cadeau et s’applique à vivre chaque minute avec l’intensité d’un rescapé. Quand le romancier et critique Nick Toshes affirmait dans sa préface des Héros oubliés du rock’n’roll que pour lui le rock était mort en Juillet 1954, et que depuis globalement le truc n’avait fait que sombrer dans le politiquement correct pour accompagner la lugubre descente vers la sénilité de générations gavées de publicités et de malbouffe, il ignorait l’existence de Slow Joe. Il ignorait cet immaculé septuagénaire aux trémolos adolescents. Il ignorait qu’au bord du gouffre, un lointain visiteur au profil d’ascète, au parcours de damné, allait ressusciter ce grand art et prouver au monde qu’un vagabond pouvait devenir une star.